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28.10.2009

UNE ESPECE EN VOIE DE DISPARITION?

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Je décrète que ma journée a été une journée arc-en-ciel. Et oui, je prends la  liberté de dire que le bonheur ne rime pas forcément avec la couleur rose. Pourquoi associe-t-on, d’ailleurs, systématiquement  le rose au plaisir, à la joie ? Je ne vois pas la vie en rose mais en arc-en-ciel parce que les nuances, les demi-teintes sont plus évocatrices et plus parlantes que l’uniformité.

Une multitude de petits bonheurs qui se sont enfilés comme des perles à un collier et je suis comblée de joie.

Un ciel bleu lavé de ses nuages par la pluie, quelques mots d’un auteur couchés sur une carte, ma discussion du matin avec la boulangère, et  une lecture superbe  dont je vous parlerais. Et puis une rencontre hasardeuse qui me fait dire qu’il existe encore des personnes humaines au sens le plus noble du terme.

Une personne qui au supermarché vous aide à choisir une couleur de rouge à lèvres avec un sourire franc. Et de fil en aiguille, des anecdotes qui amènent à  rire, à parler de tout et de rien,  et  à discuter.

Juste quelques minutes plus tôt, sur un ton gai et léger, je demande poliment à une vendeuse :

-Bonjour, excusez-moi de vous déranger Madame, pouvez vous m’indiquer à quel rayon je peux trouver du fructose ?

Mitraillettes dans les yeux, elle me répond d’un ton sec :

-ben… au rayon sucre !

Et, elle replonge la tête dans ses cartons en soufflant comme un taureau.

Je vais au rayon et, malchance, il n’y en a  pas.

Timidement, je reviens vers elle.  Je pensais naïvement que durant ces  quelques secondes, elle aurait pu avoir une illumination ou une révélation quelconque. Mais non, et j’ai bien crû me liquéfier sur place et entendre retentir les salves des armes à feu quand sa bouche a craché comme du venin:

-Pfou, mais qu’est ce que j’en sais !

Le visage engoncé dans mon écharpe et toute penaude, j’en étais à la conclusion suivante : les personnes  qui accordent de leur temps, de leur gentillesse sans rien attendre en retour sont une espèce en voie de disparition…. C'était la seule  couleur de l'arc-en-ciel un peu grisée.

18:47 Écrit par Nictoo dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : arc en ciel |  Facebook |

20.10.2009

STAGE COMMANDO ACCELERE

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JOUR J et pas n’importe lequel, non. Un jour attendu depuis presque trois mois et qui a nécessité une préparation, un entraînement physique et psychique de chaque instant.

Mieux que Rambo et Rocky réunis, j’ai enchaîné sans relâche des levers aux aurores et des nuits gagnées par ma seule fatigue. Une alimentation de sportive, des séries d’abdos, des kilos de fonte levés par mes petits muscles, des kilomètres de bitume avalés sous mes pieds, et tout ça sans fléchir et dans la transpiration.
Et pour pimenter le tout, 48 heures, seule dans la jungle à combattre et à survivre avec juste un couteau suisse multifonctions, une tente décathlon 1er prix, une lampe de poche et une boîte d’allumettes. La jungle, sa faune et sa flore hostile et étrangère….

Et moi, dedans….

Aurais-je eu une révélation, non pas divine, mais presque ? L’appel de l’armée : de sa droiture, de son intégrité et de son charisme ? Un engouement soudain pour les Commandos de Marine. Que nenni !

Mon entrainement a été beaucoup plus simple : écouter, répéter, chanter (non, pas encore…beugler) des chansons, car ce soir, c’est le grand soir tant attendu (surtout par moi) : celui du concert de Miossec.

Je m’enivre de la musique, je la laisse prendre possession de mon corps et de mon esprit. Les yeux fermés, je me laisse gagner par des frissons de plaisir. Car si la musique adoucit les mœurs, il y a des chansons qui me prennent au ventre, qui m’emportent dans un tourbillon de ce bonheur extatique.

Aussi, je me permets d’adresser une requête à toutes les puissances divines, surnaturelles de ce monde « Je fais de mon mieux, j’essaie, même si certains jours, j’ai l’impression d’avancer à reculons. Alors s’il vous plait, faites que l’école ne m’appelle pas pour me dire qu’une des filles a choppé la grippe A ou s’est cassé un bras, s’il vous plait… Je veux juste aller au concert ce soir ».

20:11 Écrit par Nictoo dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : clara |  Facebook |

07.07.2009

LES ENTRAILLES A COEUR OUVERT

Caro me parle encore de Mickael Jackson. Encore, comme d’habitude depuis l’annonce de sa mort. Je l’écoute mais tout me ramène à Camille. Camille n’était pas une pop-star mais elle avait aussi tenté d’expier les démons de son enfance à sa façon. Non pas à coups de lasers et de bistouris mais en quittant tout, l’année de nos 18 ans : le lycée, les copains, et surtout ses parents. Certains cherchent à éloigner les démons de leur enfance dans le fond d’une bouteille de whisky. D’autres pensent les avoir chassés définitivement parce qu’ils les cachent, les enfouissent au plus profond d’eux-mêmes alors que la blessure est toujours présente. Des souffrances terrées, des abîmes béants de peur comme le sol des carrières à ciel ouvert qui est creusé, déchiqueté jusqu’aux entrailles et qui demeure une plaie non cicatrisée.

Camille… ça remonte à si loin maintenant.

On s’est connu au collège et on a tissé très vite ce fil, le lien solide d’une amitié qu’on croyait éternelle et que rien ni personne ne pourrait briser. Je l’admirais pour tellement de choses. Elle était si belle. Sa beauté venait de son visage au teint diaphane qui contrastait avec sa chevelure rousse. On aurait dit une nymphe venue d’un autre monde. C’était une bosseuse, une élève douée dont les profs disaient qu’elle irait loin. C’est vrai, elle est allée loin non pas dans ses études qu’elle a plaquées le jour de son anniversaire mais en partant à l’autre bout de la France. Sans rien, sans savoir de ce qui l’attendait. Elle avait seulement pris quelques affaires : des vêtements, des affaires de toilette et c’est tout. C’est sa mère qui me l’a dit. Camille ne m’en avait pas parlé pourtant on s’était juré de n’avoir aucun secret l’une pour l’autre. Je lui en ai voulu d’être partie sans me dire au revoir alors que depuis plusieurs mois je pressentais que quelque chose se tramait. Mais je savais pourquoi elle avait agi de la sorte alors je ne pouvais pas lui garder rancœur.

Je suis restée sans nouvelle deux mois et demi. Une lettre est enfin arrivée mettant fin à mes angoisses nocturnes et à toutes les idées farfelues qui me passaient par la tête. Elle me racontait qu’elle avait trouvé un boulot de serveuse et qu’elle partageait un studio avec deux autres filles. J’étais rassurée et on avait pris l’habitude de s’écrire des pages entières. Je lui racontais les dernières nouvelles de la classe, mes notes, combien elle me manquait, et elle me répondait qu’elle était heureuse. Mais au travers des lignes, ça sonnait faux.
Le bac était enfin passé et Camille m’écrivait qu’elle allait passer des concours pour trouver un autre boulot. Elle en avait ras le bol des clients qui demandaient toujours du pain plus cuit, mais pas trop quand même, des vieilles à qui il fallait toujours donner un petit sac en papier pour leur demi-baguette. Je ne sais pas trop comment elle a réussi à travailler à la poste, pas au guichet mais en tant que factrice. Au début, elle distribuait le courrier dans un quartier résidentiel du centre ville avec ses maisons bourgeoises, ses salons de thé, tous ces gens qui se vouvoyaient. Elle s’était fait des amis et parlait même de reprendre ses études. Et puis, on l’a affecté dans un autre quartier à la périphérie de la ville, une de ces zones où il n’y a que des barres d’immeubles, des chiens qui aboient sans raison, des vieilles voitures qui ne bougeaient jamais comme enracinées sur place.


Dans une de ses lettres, elle me disait que le pire c’était les recommandés. Elle devait aller sonner à des portes où elle entendait du palier la télé qui braille, des mômes qui pleuraient, le bruit du couvert que l’on pose sur la table. Elle se faisait engueuler par ceux qui lui ouvraient avec méfiance parce que les recommandés c’était jamais de bonnes nouvelles et parce qu’ils étaient à table. Elle les voyait passer la tête par l’entrebâillement de la porte, la serviette de table à la main, le filet de sauce aux commissures des lèvres et l’odeur de friture qu’ils dégageaient. Et puis, elle a rajouté que pour l’avant dernier immeuble de sa tournée, une fois dans le hall, elle retenait sa respiration et faisait le rituel, les yeux fixés au carrelage, pour que tout se passe bien. Et là, j’ai tout compris.

A travers ses mots, je le revoyais me racontant comment tous les soirs en rentrant de l’école, elle serrait fort son cartable sur son dos et elle avançait dans l’allée de sa maison en plaçant ses pieds sur les bouts de carrelage fissurés toujours dans le même ordre. C’était sa manière de conjurer le sort, d’espérer que son père ne rentrerait pas ivre à la nuit tombée. Elle avalait un verre de jus de fruit et montait dans sa chambre. A partir de 19h00, elle ne descendait plus, elle restait cloitrée en attendant l’arrivée de son père. Le bruit du moteur qui s’arrête, elle le connaissait par cœur à force, puis elle comptait les minutes qu’il mettait à descendre de la voiture. Elle additionnait les secondes la peur au ventre. Dès lors qu’elle entendait la porte d’entrée s’ouvrir, son sang martelait ses tempes et les remarques de sa mère indiquait l’état de son père : sobre ou alors complètement saoul. Dans ce cas, sa mère criait et son père l’injuriait, la traitait de « salope » alors qu’il tenait à peine debout, le regard vitreux, son haleine qui empestait le vin ou la bière, se chemise qui sortait de son pantalon. Quelquefois, il vomissait son vin avant d’arriver aux toilettes et sa mère l’obligeait à venir assister à ce triste spectacle. Elle n’en pouvait plus Camille d’avoir peur, de voir son père se foutre en l’air et de bousiller sa vie à elle. C’est pour cela qu’elle a préféré partir.

Un jour, elle m’a téléphoné et elle a parlé longuement, je l’ai écouté sans l’interrompre. Dans l’avant dernier immeuble, il y avait un jeune couple qui habitait au premier étage, lui devait avoir la trentaine et sa femme un peu moins. Ils avaient un bébé d’à peine un an. A 13h00, il était déjà défoncé et à travers lui, elle revoyait son père et son enfance. Un jour, elle devait remettre un colis à une dame qui habitait au troisième étage. L’ascenseur était en panne, elle a du prendre les escaliers. En passant au premier, elle a entendu la jeune femme qui pleurait et les raclées que son mari lui mettait. Elle n’a pas réfléchi. Elle s’est arrêtée et elle a frappé de toutes ses forces à la porte en balançant sa sacoche et le colis. Il a ouvert et elle a vu la femme prostrée dans un coin. Lui, il était comme un fou, les yeux injectés de sang avec sa ceinture à la main. Elle lui a crié d’arrêter ça et qu’il n’était qu’un pauvre connard. Il lui a répondu de se mêler de ses affaires. Elle a voulu rentrer dans l’appartement pour s’occuper de la femme mais le gars lui barrait le passage. Alors, elle s’est mise à lui donner des gifles. Les voisins, à cause du bruit, sont sortis et ont appelé la police. Elle s’est retrouvée au commissariat puis chez le juge car le mari avait menacé de porter plainte. Tout est allé vite, si vite sans que Camille ne puisse chasser l'image de cette femme terrorisée. Le mari acceptait de retirer sa plainte à condition qu’elle s’excuse, c’est ce que le directeur des ressources humaines lui a annoncé froidement sans même la regarder dans les yeux, assis derrière son grand bureau. Evidemment, dans ce cas, on pourrait peut-être la garder mais elle serait mutée dans une autre région et au centre de tri. Elle a refusé. Il a sifflé d'un ton méprisant qu’elle était bien sotte de ne pas saisir sa chance, qu’elle foutait en l’air son avenir. Camille lui a répondu qu’elle préférait encore être jugée et virée plutôt que d’aller présenter des excuses à ce minable. Je l’écoutais et je ne savais pas quoi dire. Avant de raccrocher, elle a simplement rajouté « je ne peux pas oublier, tu comprends ? ». Je lui ai écrit mais mes lettres me sont revenues avec la mention « n’habite plus à l’adresse indiquée ».

J’ai appelé à plusieurs reprises sa mère qui n’a pas voulu me donner de ses nouvelles sauf me dire que Camille avait besoin de se reposer. Sa mère n’avait trouvé que cette excuse bidon pour effacer toutes ces années qui avaient anéantie Camille.

Il y a une dizaine d’années, j’ai appris par hasard que Camille était mariée, qu’elle avait des enfants et qu’elle était devenue assistante sociale et qu’elle travaillait auprès des femmes battues. La boucle est bouclée, c’était sûrement la meilleure façon de tirer un trait sur son passé…

09.06.2009

DERRIERE LES PORTES... SUITE ET FIN

Petit rappel : Nathalie, mariée avait une vie tranquille sans histoire jusqu'au jour où elle a rencontré un autre homme. Depuis trois mois, tous les jeudis, son amant la rejoint chez elle à midi.

Et ce ce jeudi...

Midi moins dix, on sonne. Elle ouvre la porte avec toujours la même fébrilité….

Il est là juste derrière la porte,  tenant à la main une sacoche en cuir vieilli à la main comme d’habitude. Nathalie lui  sourit et se dirige vers la chambre. Elle n’entend pas ses pas qui la suivent dans son chemin. Etonnée, elle se retourne. Il n’est plus dans le vestibule  mais dans le salon.

-Si tu préfères qu’on le fasse ici, dit-elle en s’approchant de lui.

Son corps entier brûle de désir. Sa sacoche posée sur la table basse, il se tient debout près du canapé. Nathalie s’avance vers lui, son cœur bat très vite comme s’il allait sortir de sa poitrine. Elle se colle contre lui  et tendrement, elle commence à passer sa main derrière sa nuque. Elle veut  sentir ses doigts se promener  dans ses cheveux épais. Elle ferme les yeux, respirant  et s’enivrant de son odeur. Elle tend son visage vers le sien, à la recherche de sa bouche charnue. Il détourne la tête et se dégage de son emprise  en douceur.

-Qu’est ce qui se passe ? lui demande-t-elle.

-Nathalie, c’est moi… c’est Hugo.

Surprise, elle recule. Son corps s’est brusquement raidi, elle ne comprend pas.

-Non, tais-toi. On  ne doit rien connaître l’un de l’autre.

Il ouvre sa sacoche. Nathalie sent une angoisse, un malaise indescriptible s’emparer d’elle.

-Allez, Nathalie, vous allez vous allonger, d’accord ?

- Mais qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?

Il ne répond pas.

C’est pourtant bien lui, son visage, son parfum. Elle ne peut pas se tromper. Sa tête se met à bourdonner,  le sang martèle ses tempes. Et si c’était en fait un malade, un détraqué quelconque.  Prise de panique, elle se réfugie  derrière un fauteuil, elle tremble tant elle a peur. Elle crie de toutes ses forces :

-Sortez de chez moi, tout de suite ! Allez-vous en ou j’appelle la police !

-Allons Nathalie, calmez-vous.

Elle pleure en répétant « partez, laissez –moi  ». Il la trouve en position fœtale, et son corps est secoué de spasmes. Il veut l’aider à se relever mais elle se débat et hurle tant qu’elle peut.

-Vous ne me laissez pas le choix, lui dit-il.

Nathalie voit une seringue dans sa main, elle secoue la tête et continue de s’agiter.

Fermement, il la tient. A bout, elle se laisse alors faire. Il remonte la manche de son chemisier  et l’aiguille s’enfonce dans sa veine bleutée. Elle regarde la seringue se vider lentement  puis le bout de coton qu’il applique.

- Je vais vous conduire dans votre chambre. Vous allez vous reposer.

Nathalie ne dit plus rien, le visage figé, les yeux hagards, elle titube. Il l’aide à faire les quelques mères qui les séparent de la chambre puis il l’allonge sur le lit.

-Je vais rester auprès de vous le temps que vous vous endormiez. J’appellerai ce soir votre mari…

Il s’éclaircit la voix et  poursuit :

-Nathalie, le traitement ne semble pas vous apporter d’amélioration, j’ai bien peur que nous devions vous hospitalisez. Vous comprenez ? C’est pour votre bien. En trois mois, vous auriez dû sortir de ce monde imaginaire que vous vous êtes créé, mais il semble que vous n’arrivez toujours pas à reprendre pied avec la réalité. Je vous ai administré en plus un calmant pour vous détendre.

Les yeux fixés sur un point imaginaire au plafond, Nathalie essaie de mettre de l’ordre dans sa tête  mais tout est tellement flou et si bizarre : les rendez-vous du jeudi avec son amant, leurs étreintes passionnelles…Tout cela  n’est donc pas réel mais imaginaire.  Il a dit qu’il s’appelait Hugo, le même prénom que le psychiatre qui la suit. Un bref instant, son esprit s’éclaircit. Elle se souvient par bribes : ses trous de mémoire, son indifférence soudaine pour son mari et  ses enfants, ses journées passées devant la fenêtre à attendre, son incapacité à vivre et cette folie douce qui s’était installée insidieusement. En quelques mois, elle s’était réfugiée dans des histoires, dans un univers bien à elle.

Nathalie se sent fatiguée tout d’un coup.

Il est là, prêt à partir. Elle le voit s’éloigner  et avant de tomber dans un sommeil lourd, elle murmure :

-A jeudi, docteur.

 

 

 

08:31 Écrit par clarac dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maladie, fantasmes |  Facebook |

27.05.2009

LES DOUTES

J’ai ouvert les yeux, le réveil indiquait quatre heures passées. Machinalement, j’ai réchauffé du café en allumant une cigarette. Et je me suis plantée là sur le canapé à attendre, à essayer de ne penser à rien. Qu’est ce que j’attends ? Je ne sais pas. Si, que les minutes passent puis les heures. Tout est si calme, il n’y a pas beaucoup de circulation. Depuis plus de deux ans,  cinq jours par semaine, j’emprunte d’abord l’autoroute ensuite la rocade,  puis les mêmes feux et les mêmes ronds-points avant d’arriver au boulot, et je ne connais rien de cette ville. Le midi, une petite variante, un trajet d’à peine dix minutes pour aller toujours déjeuner à la cafétéria du Leclerc. Depuis trois semaines, j’ai quitté ma maison pour aménager dans cet appartement, ici, dans cette ville.

A peine six heures. Le temps semble figé, je suis tellement fatiguée, je vais retourner au lit. Si seulement j’arrivais à dormir au moins quelques heures d’affilée. Juste un peu pour récupérer.

Vers dix et demie, j’ai entendu un peu de bruit dans l’appartement voisin de la musique puis la clé  que l’on a tourné dans la serrure. J’ai mal à la tête. J’ai pris une aspirine, j’ai fumé les dernières cigarettes de mon paquet. Merde, je n’en ai plus, il va falloir que je sorte en acheter.

On était samedi matin et depuis mercredi matin, je n’avais pas mis le nez dehors ou même  ouvert les volets.  La lumière m’a fait cligner des yeux, je n’étais plus  habituée au soleil.  J’ai pris une douche et j’ai décidé d’aller me promener un peu en ville pour me changer les idées.

Quatre jours à rester enfermée à broyer du noir, à faire des allers retours entre mon lit et le canapé, à apprivoiser le silence, à apprendre à être seule. 

Dehors, j’ai regardé les couples, les familles, les mamans qui donnent la main à leurs enfants. De tout ça, il ne m’en reste qu’une partie. J’ai fait un choix alors je dois l’assumer. Je me suis retrouvée dans un parc  et je n’ai plus eu le courage de voir tout ce bonheur qui s’affichait là partout, à chaque coin de rue ou  devant les magasins.

 

-Pardon. Je peux m’assoir là ?

J’ai juste tourné la tête et je me suis repenchée dans la contemplation de mon sandwich.

-Comment ?

-Je vous demande si je peux occuper la place de ce banc ?

-Oui, oui…

-Belle journée, n’est ce pas ?

-Euh… oui.

Pourquoi m’a-t il adressé la  parole ? Politesse, courtoisie  ou compassion? Un homme qui m’accoste gentiment c’est soit pour me taxer une  cigarette ou alors un peu de monnaie. Un enfant est passé devant nous  courant derrière son ballon, son père l’a rejoint et l’a soulevé en le chatouillant. Le petit garçon a ri aux éclats tandis que son papa l’embrassait dans le cou.  Cette scène de tendresse pourtant si commune m’a bouleversé, un nœud s’est formé dans ma gorge et  les larmes se sont mises à couler. Mais, qu’est ce que j’ai fait ? Ai-je pris la bonne décision?

 Avec la manche de mon pull, j’essuie mes pleurs. Il vaut mieux que je rentre chez moi. Je prendrai un somnifère pour essayer de dormir, pour ne plus penser. Je suis tellement fatiguée, lasse de toutes ces questions qui me hantent.

-Vous voulez un mouchoir ?

-Non, non, je vous remercie, je partais.

-Vous ne voulez pas discuter un peu ?

Surprise, j’ai froncé les sourcils. Je n’ai pas pour habitude de raconter mes états d’âme à un inconnu.  D’accord, j’ai compris, il me drague. Autant être claire  tout de suite.

-Ne vous fatiguez pas avec  votre baratin ! Regardez là-bas, près du chêne,  il y a une belle jeune femme seule, allez la voir, raconter lui vos sornettes, draguez- la. Je suis certaine qu’elle en sera ravie. Mais  moi ça ne prend pas. Alors, s’il vous plait, laissez-moi tranquille. Je ne vous demande rien d’autre.

- Et non, je ne vous drague pas, perdu ! Par contre, vous pleurez, vous avez les yeux tout rouges et des grosses cernes, j‘en déduis donc que cela fait plusieurs jours que vous êtes triste.   De plus, votre sandwich est intact or pour ne pas manger, vous devez être très tracassée. Oui, je crois que vous avez besoin de parler.

La jeune femme cherchait quelqu’un des yeux.  Elle a fait de grands signes de la main et s’est levée précipitamment. Deux autres jeunes filles l’ont rejoint et elles se sont mises à parler et à rire. Lui, il  ouvert  son sac à dos et il a ressorti  un paquet de gâteaux.

-Vous en voulez un ? Allez, rasseyez-vous. Je ne vais pas vous manger. Regardez, je ne suis pas un cannibale pour preuve je suis capable de manger tout le paquet en moins de deux minutes tellement j’adore ces cochonneries.

J’ai souri bêtement, mon premier sourire naturel depuis bien des semaines, je pense.

- Ah et bien, il en fallu du temps pour voir votre minois s’éclaircir enfin un peu.

Je ne sais pas pourquoi mais je me suis rassise. Peut-être que tout le monde n’est pas lié contre moi ? Juste parler un peu de tout et de rien pour passer le temps comme si de rien n’était.

-Vous avez tort de ne pas en goûter un, le chocolat fond sous la génoise.

-Non merci… je… je n’ai pas très faim.

-Cela doit faire, au moins, je dirais, deux ou trois mois que vous n’avez plus d’appétit.

Mais comment le sait-il ?

-Vous êtes une jeune femme et vous flottez dans votre pantalon. Si vous aviez voulu maigrir intentionnellement, vous vous seriez empressée d’acheter de nouveaux vêtements pour montrer que vous avez perdu du poids. Et, vos ongles sont rongés jusqu’ à la peau, vous êtes donc très angoissée ou tourmentée. Non ?

Il n’en fallait pas plus pour que je me remette à pleurer. Ma détresse, mes doutes sont donc si visibles ?

Un nuage a caché le soleil, j’ai frissonné.  Je dois me reprendre en main, aller de l’avant, supporter et accepter les conséquences de ma décision. Je le dois. Pendant plus de six mois, j’ai pesé le pour et  le contre, j’ai douté, je me suis résignée, j’ai fait semblant mais je ne pouvais plus continuer. Faire comme si tout allait bien, faire comme si je l’aimais toujours. Pas de gâchis, l’indifférence avait remplacé tout sentiment. Pas de haine, non plus mais la culpabilité de faire subir  à ma fille de quatre ans mon choix. Avais-je le droit de penser à moi en tant que femme ?

Nous étions toujours là assis sur le banc, lui regardait les enfants qui jouaient, les familles qui se promenaient. Tout est si naturel en fait, la vie, l’amour… Tout semble simple pour les autres, pas pour moi.

Le ciel s’est assombri soudainement et le parc a semblé se vider par petits groupes.

J’ai regardé l’heure, il était à peine quatorze heures. Encore toute l’après-midi à tuer puis la soirée, la nuit avant que Marc me ramène notre fille. Toutes ces heures à devoir attendre,  un week-end sur deux et la moitié des vacances, je sais ce qui m’attend. J’ai peur de ne pas y arriver, de n’être pas assez forte. Les mégots étaient de plus en plus nombreux dans mon papier aluminium.

-Vous fumez beaucoup.

-C’est une question ou une affirmation ?

-A vrai dire, un peu des deux.

- En ce moment, oui. De trop, je le sais. Mais je pense arrêter quand…

-Quand ça ira mieux.

-Oui…

Quand j’irai mieux ? Est ce qu’un jour tout ce poids disparaitra, les doutes s’envoleront ? J’ai cru en le quittant que ça serait facile. Les premiers jours quand si Lucie pleurait pour voir son papa, je lui disais « demain, tu appelleras papa, d’accord ? ». Le chagrin passait mais ses yeux restaient tristes. Et puis,  Il a fallu lui expliquer pourquoi papa et maman se séparaient. Pourquoi d’ailleurs ? Parce qu’en à peine six ans, il n’y avait plus rien, on  était  arrivé deux personnes qui cohabitent sans conversation, sans activités. On partageait les repas,  on se promenait avec  Lucie mais rien autrement. Non, rien. Et c’est ce rien qui a fait hurler de colère mes parents « tu le quittes alors qu’il n’y a rien ! Mais ma pauvre fille, tu as perdu la tête, et ta fille, hein, tu y penses ? ». Ils l’ont pas compris que je me sentais étouffée, que j’avais besoin de vivre aussi pour moi. Non, personne ne l’a compris. A croire que je n’avais pas le droit de revendiquer le bonheur, le droit d’être heureuse.

Il faut que  je rentre, la fatigue est trop forte.

-Bon, cette fois, j’y vais. Au revoir.

Il m’a souri :

-Vous voulez que je vous raccompagne ?

-Non mais par contre j’aimerai savoir pourquoi  vous vous intéressez tellement aux autres.

- Vous ne souvenez pas de moi alors ?

Surprise, j’ai essayé de me rappeler où j’aurais ou le voir ou le croiser. Impossible de m’en souvenir.

-Désolée, non je ne vois pas.

-Je suis votre voisin. Je vous ai croisé avec votre fille le jour où vous avez aménagé… Oui, non ?

-Oh si ! Pardon !

-Vous crouliez sous les cartons ! Ce n’est pas étonnant.

J’ai hoché la tête en souriant. Il va me falloir du temps pour que je prenne mes marques mais je crois que si j’ai besoin d’aide, je pourrais peut-être lui demander. Et, bizarrement,  je me suis sentie un peu moins coupable, moins prisonnière de mes doutes.

15.05.2009

DERRIERE LES PORTES

IMG_2040Des portes de maison, des halls d’entrée d’immeuble, des fenêtres ou des baies vitrées. Chacun protège son intimité par des  lourds voilages ou  des stores opaques pour que le regard du passant ne puisse ni deviner le mobilier, ni la couleur des murs du salon ou tout simplement ce qu’on y fait…

Nathalie est impatiente. On est jeudi et comme tous les jeudis depuis trois mois, son amant va venir  la rejoindre à midi. Une fois que son mari est parti au bureau et qu’elle a déposé ses enfants à l’école, elle se dépêche de rentrer chez elle.

Elle  allume la radio, elle se fait couler un bain et s’y plonge en pensant combien c’est excitant ces rencontres, ces moments volés à sa vie ordinaire. Elle attend cette journée comme la  récompense de la semaine, celle  d’avoir bien joué son rôle d’épouse et  de maman. Elle frissonne avec délice en repensant à la peur des premières fois. La peur que son mari ait pu se douter de quelque chose,  que son infidélité se lise sur son visage ou qu’elle se trahisse par un geste, une remarque. Il avait fallu trouver une excuse pour ne pas être découverte. Prétendre aller à un club quelconque ? Trop risqué. Des visites à des amies ? Elle ne voulait pas les mettre dans la confidence. Pourquoi s’enquiquiner avec des mensonges tordus, après tout. Elle avait averti son entourage que désormais elle s’octroyait le jeudi pour elle. Pour faire ce que bon lui semblait, se reposer, lire, ou se promener et surtout qu’elle ne voulait pas être dérangée sous aucun prétexte.  Elle l’avait dit, sans remord ou anxiété, d’une voix dont le timbre reflétait combien elle était sûre d’elle.

Après s’être enduit le corps de crème parfumée, elle s’habille rapidement. Elle rigole en se souvenant que pour le premier rendez-vous, elle avait longuement hésité sur le choix de sa tenue.  Par crainte de donner l’impression d’être une femme frivole, facile et habituée à l’adultère.

Tout s’était passé si vite. Ils  s’étaient rencontrés trois jours plus tôt à une exposition. Personne n’était disponible pour l’accompagner et elle s’y était rendue seule. Il n’y avait pas grand monde et les peintures lui rappelaient avec nostalgie le temps où elle peignait.  Il était arrivé près d’elle et lui avait demandé si elle aimait le travail de l’artiste.  Elle avait été troublée par son regard soutenu, flatteur, montrant  combien il avait envie d’elle. Ca faisait tellement longtemps qu’on ne l’avait pas regardé de la sorte. Alors, elle lui avait murmuré son adresse en rajoutant« je vous attends jeudi à midi ». En sortant, elle regrettait ce geste un peu fou, irraisonné, qu’est ce qui lui était passé par la tête ?

Ce premier jeudi, à partir de onze heures, elle trépignait sur place,  se demandant s’il allait venir ou non, partagée entre la soif de l’inconnu et  l’appréhension.  Elle avait dû vérifier au moins une vingtaine de fois  son maquillage et sa coiffure, puis  elle avait inspecté, encore et encore, le lit conjugal, tapotant les oreillers ou décalant légèrement le plaid. L’angoisse la gagnait au fur et à mesure que midi approchait. Plus le temps passait, et plus son estomac se nouait de trac et d’empressement. L’empressement d’y être et que ça se soit enfin fait, qu’on n’en parle plus. Assise sur le canapé, elle se triturait ses doigts s’empêchant de se ronger les ongles en se répétant tous bas « tout ira bien ». Cette phrase, elle se l’était déjà dite, il y a plus de vingt ans alors qu'elle s’était offerte à son premier petit ami. Quand la sonnette avait retenti brièvement, elle avait  senti son cœur battre à toute allure, ses jambes qui se dérobaient et elle avait  expiré longuement avant d’ouvrir la porte. Il était là, souriant, l’air détendu. Juste un « bonjour » et il l’avait déshabillé, lentement. Elle avait fermé les yeux et s’était laissé faire, s’abandonnant sans aucune retenue dans ses bras. Pas de paroles ou de questions, seulement de l’amour charnel, physique. Puis, il lui avait dit « je reviendrais jeudi à la même heure ». Elle n’avait pas su dire non.

Elle s’était étonnée de voir combien c’était facile de mentir, de tromper son mari avec un inconnu sans avoir mauvaise conscience. Elle y avait pris  tellement de plaisir qu’elle ne voyait pas pourquoi elle s’en priverait désormais. Sous les mains et les caresses de son amant, elle se sentait renaître, redevenir une femme désirable, sensuelle. Ses amies enviaient sa mine resplendissante de bonheur, de joie de vivre et son mari la trouvait plus enthousiaste, plus belle encore qu’auparavant. Elle savait qu’un jour tout ça prendrait fin, qu’il ne viendrait plus pour une raison ou pour une autre. C’était un bel homme qui trouverait un jour une autre conquête, une autre femme plus jeune ou plus séduisante. Alors, elle était bien décidée  à profiter de tous ces jeudis sans aucune culpabilité.

Midi moins dix, on sonne. Elle ouvre la porte avec toujours la même fébrilité….

10:04 Écrit par clarac dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : adultere |  Facebook |

06.05.2009

L'OMBRE DE L'ANOREXIE

anorexJe l’ai encore croisé ce matin. Elle, qui passe son temps à marcher, les yeux perdus dans le vide, emmitouflée dans une parka qu’il fasse chaud ou froid. Elle porte ses cheveux ramassés en chignon qui dévoile les os de son visage et ses lèvres presque blanches. Elle a aux pieds une paire de baskets et toute sa maigreur s’affiche sous un caleçon qui flotte autour de ses jambes frêles. Elle n’est plus que l’ombre d’une jeune femme. Les gens la regardent, s’arrêtent à son passage. Ils lui lancent des regards inquisiteurs voire méchants. Et le mot anorexie arrive dans les esprits, s’invite dans les conversations. Il y a ceux qui d’un air arrogant la dévisagent, se retournent, hochent la tête, et puis ceux qui soupirent et émettent des grimaces de dégoût, d’horreur. Un cercle vicieux où l’on tombe mais dont on ne sort pas sans séquelles.

Pourquoi a-t-elle commencé à se restreindre puis à se priver de nourriture ?

Est ce qu’elle voulait perdre quelques rondeurs comme beaucoup d’adolescentes pour ressembler aux mannequins androgynes ? Ou s’inflige-telle cette punition pour avoir le sentiment de contrôler enfin quelque chose dans sa vie ?

Paradoxalement, moins elle mange et plus elle se sent forte. Forte de contrôler son corps, de le dominer, un plaisir qui dissimule une torture permanente…. Elle veut aller toujours plus loin, ne donner que le minimum vital à son organisme. Moins de kilos puis de grammes. Des soustractions des calories calculées à longueur de temps.

Elle ne veut pas admettre qu’elle est devenue la prisonnière d’une spirale.

Manger un peu plus ? Non, surtout pas… Par peur de voir son corps reprendre des formes et d’abandonner là où elle réussit.

Elle s’enivre de cette satisfaction et de cette ivresse provoquée par le manque de nourriture.

Est-ce un SOS lancé comme une bouteille à la mer, le reflet d’une souffrance béante que son corps crie, libère, et qu’elle affiche ainsi aux yeux de tous ?

Beaucoup plus tard, son corps se souviendra des caresses d’une étreinte, du grain de peau de l’autre, des baisers goulus ou doux, de l’envie, du plaisir. Mais il restera marqué comme au fer rouge de tous ces mois de supplice.

21:43 Écrit par clarac dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anorexie |  Facebook |